Don Giovanni Salerno, fondateur des Serviteurs des Pauvres

Publié le par LM Soubrier

 


 

 

        Pendant plus de 20 ans, à partir de 1968, Don Giovanni Salerno a travaillé comme médecin de mission dans les villages les plus éloignés des Andes péruviennes. Il était alors augustinien. Quotidiennement, il se voyait confronté avec les souffrances des fermiers sans terre et avec le commerce des enfants, qu’on enlève à leurs parents pour les exploiter en tant qu’esclaves dans les mines ou les plantations de coca très souvent jusqu’à la mort. Il faisait l’expérience de la misère morale de jeunes, qui s’adonnent à la prostitution et au crime, et y sont constamment menacés par leurs « maîtres ». Finalement, il devenait aussi témoin du terrible commerce d’organes qui sont pris à des enfants délaissés.

 

Face à toute cette misère, Don Giovanni fonda lors de l’année sainte de la Rédemption (1983-1984), poussé par la grâce de Dieu et inspiré par l’encyclique Populorum Progressio, le Mouvement des Serviteurs des Pauvres du Tiers-monde.

 


 

Voici quelques extraits d’une interview de Don Giovanni.

 

- BILAN APRÈS LA MISSION…

 

"C’est au milieu de pauvres que j’ai découvert la Foi. Ce sont ces pauvres qui m’ont fait vraiment croire à l’Evangile."

 

"Là-bas, j’ai compris que le péché le plus grand que nous commettons, et dont – je pense – personne ne se confesse, c’est le Bien que nous pouvons faire et que nous ne faisons pas."

 

"Vivant au milieu des pauvres, j’ai découvert que l’Evangile est la plus grande richesse que nous ayons. Et ces paroles “Allez et annoncez l’Evangile “ sont les paroles les plus importantes, les plus puissantes que nous « possédions » ici-bas."

 

"Le fait de soigner les malades me faisait sentir plus prêtre parce que les gens pauvres ne parlaient pas de leurs douleurs aux prêtres, conséquences de leur péché. Mais il le disait ouvertement à moi en tant que médecin; ainsi, en soignant les malades, je me sentais davantage prêtre. Et ça m’aidait à vivre ma vocation sacerdotale."

 

"Là-bas, j’ai découvert que Dieu aime énormément les pauvres. Il est amoureux des pauvres."

 

- LES PAUVRES...

 

"C’est une triste réalité: les pauvres sont la majorité de la population mondiale et ils sont abandonnés."

 

"Les pauvres de la Cordillère manquent de tout. Ils ont besoin notamment de quelqu’un qui leur enseigne comment se laver la figure, comment se couper les ongles des mains et des pieds."

 

"Il y a toujours beaucoup d’analphabètes, il y a toujours beaucoup de personnes qui ne savent pas d’où sort l’eau. Beaucoup de péruviens ne savent pas laver leur linge. Beaucoup ne savent pas cuisiner. Je pense finalement que les problèmes principaux, ce sont le manque de culture, la faim et le manque d’hygiène.La plus grande partie des maladies de là-bas provient de ce manque de nourriture et du manque d’hygiène."

 

- CE DONT ONT BESOIN LES PAUVRES…

 

"Les pauvres ont faim et soif de la parole de Dieu. À travers mon expérience auprès d’eux, j’ai découvert que les pauvres sont très sensibles à la Parole de Dieu; ils la captent de manière incroyable. Et j’ai vu dans la Cordillère que le Pauvre, l’andin qui n’a rien, qui n’a reçu aucune instruction, s’il croit et admet que Jésus est le Sauveur, alors le Christ lui donne tout ce qu’il demande."

 

"Souvent nous pensons que les pauvres ont besoin de choses matérielles; c’est vrai… Mais, si ces pauvres sont abandonnés de tous, à qui peuvent-ils demander ces choses matérielles? S’ils le demandent à Dieu, alors Dieu les exaucera. Donc, les pauvres ont d’abord besoin de Dieu. Et Dieu pourvoira à leur besoin matériel."

 

"Souvent, nous pensons que l’unique solution pour les pauvres du Tiers-Monde, c’est d’envoyer de l’argent, d’envoyer des vêtements, d’envoyer de la nourriture. Mais en fait, ce dont ils ont besoin, c’est notre amour, notre compagnie. Ils ont besoin de notre présence."

 

"Au pauvre nous devons donner notre vie, notre temps. Nous devons être avec eux…"

 

- ATTITUDE FACE à LA PAUVRETé

 

"Face à cette réalité de tant d’enfants qui meurent, de tant de gens qui « crient en silence », quelle est notre attitude ?"

 

"Ils sont nombreux ceux qui aident les pauvres, mais seul le vrai catholique, le vrai chrétien reconnaît la personne du Christ dans le Pauvre. C’est possible bien évidemment de donner une aide matérielle aux pauvres, mais si nous ne reconnaissons pas dans son visage le visage du Christ, alors on le rend encore plus pauvre."

 

"Beaucoup de jeunes européens ou américains aimeraient voyager, aller dans le Tiers-Monde pour apporter des cadeaux, des médicaments, des vivres, de l’argent… et ensuite s’échapper, partir. Et c’est un grand mal qui se fait. Les pauvres ne sont pas des poules qui ont besoin de nourriture. Ce sont des êtres humains qui ont besoin  d’amour. Et le Christ le dit : « Le véritable ami, c’est celui qui donne sa vie pour les autres»."

 

"Nous, en tant que catholiques, nous connaissons les paroles de Jésus : « Allez et prêchez l’Evangile ». Nous, nous connaissons l’Amour que le Christ a répandu sur la terre : « Je suis venu pour mettre le feu sur la terre ; et comme j’aimerai que ce feu se répande dans le monde entier ». Je pense que nous sommes les responsables de cette pauvreté, de l’abandon des pauvres parce que nous, nous connaissons cette Vérité du Christ. L’abandon, la faim, les maladies des pauvres, nous en sommes responsables. C’est la conséquence de notre égoïsme."

 

- PAUVRETé SPIRITUELLE

 

"Il y a un autre type de pauvreté : ce sont les riches qui ont tout matériellement mais à qui il manque Dieu. Je me rappelle combien j’étais heureux quand j’entendais un jour un pauvre – matériellement parlant – qui parlait de son maître qui le maltraitait et l’exploitait ; Il disait ceci : « Mon maître, il est pauvre. Il lui manque le Christ ». Il avait compris que le Christ, c’est la plus grande des richesses. Pour ce pauvre, esclave exploité, le riche qui a des troupeaux, des cultures, une ferme, mais qui n’a pas Dieu, est un vrai pauvre."

 

 

- ANECDOTES

 

"Un jour, j’ai rencontré une maman qui était en train d’accoucher. Son fils de 6 ans l’aidait. N’ayant pas de ciseaux, c’est lui qui a coupé le cordon ombilical avec ses dents après l’accouchement. En voyant cette triste réalité, mon coeur se remplissait de tristesse et de douleur."

 

"Un matin, un pauvre est venu me voir. Il était très sale. Et moi, pour qu’il s’en aille rapidement, je me suis dépêché de lui préparer du sucre, du riz. Je ne le faisais pas parler. Au bout d’un moment, il me regarde et me dit: « Je ne suis pas venu pour te demander cela. Je suis venu pour te demander un peu de ton temps. Ces choses-là – le riz, le sucre –, ça ne t’appartient pas. Et il me disait la vérité. Cet épisode a été pour moi plus formateur qu’un mois de retraite ignacienne."

 

"J’ai été touché un jour par un pauvre qui avait fait trois jours de marche à pied pour venir me trouver en m’apportant une bouteille d’eau pour que je puisse la bénir. La Foi du pauvre est grande…"

 

- LE MOUVEMENT

 

"Le Mouvement est né pour aider l’Eglise. Le Mouvement est né « dans le cœur des Papes ». Le Mouvement est la conséquence des désirs du Magistère : aider les pauvres comme de vrais frères (cf. Populorum Progressio, n°45)."

 

"Cette encyclique Populorum Progressio a été pour nous la base puis le renforcement de notre fondation. Elle a constitué la « colonne vertébrale » du Mouvement. Grâce à cette encyclique, nous avons pu construire un pont entre l’Eglise et les pauvres et continuer de marcher au milieu des pauvres, sûr d’appartenir à l’Eglise, sûr de travailler pour l’Eglise."

 

"Dans mon coeur mûrissait l’idée de cette fondation: je me disais que les pauvres n’avaient pas seulement besoin de prêtres, mais avaient besoin aussi de médecins, d’infirmières, ils avaient besoin de mères de famille, ils avaient besoin de pères de famille qui laissent tout pour les servir comme des vrais frères."

 

"Ce que j’attends de ce Mouvement, c’est que les jeunes qui viennent soient remplis du Christ pour donner avant tout le Christ aux plus pauvres, et ensuite les choses secondaires."

 

"Notre préoccupation première, c’est que ces pauvres deviennent des saints, c’est que de ces pauvres naissent des bonnes et saintes familles."

 

"Pour nous, ce n’est pas une radicalité de vie. Si nous croyons en l’Evangile, ce doit être normal de vouloir vivre de cette manière."

 

"Aux jeunes, je dirais qu’ils soient généreux, qu’ils soient ouverts, qu’ils acceptent la vie de sacrifice comme l’acceptent tant de musulmans ou tant de terroristes comme ceux du Sentier Lumineux que j’ai connu quand j’allais les visiter en prison. Ce n’est pas que je les admire. Mais ça m’impressionne de voir tant de jeunes terroristes près à donner leur vie pour un idéal de mort. Et nous, avons-nous le courage de donner notre vie au Christ et aux pauvres pour un idéal de Vie ?"

 

- 3 « PILIERS » DU MOUVEMENT…

 

L’EUCHARISTIE : "Personne ne donne ce qu’il n’a pas. Pour donner le Christ, on doit recevoir et accueillir le Christ dans sa vie à travers une vie de prière profonde, grâce à la messe et à l’adoration quotidienne."

 

LA SAINTE VIERGE : "Vous ne pouvez pas savoir combien les pauvres cherchent une mère. Beaucoup de pauvres n’ont pas connu l’amour d’une mère. Beaucoup ont été orphelins très jeunes. Alors, quand vous parlez de Marie aux pauvres, ils sont remplis de joie."

 

LE PAPE : "Il nous faut un grand amour à l’Eglise et au Pape. Parce que si on ne suit pas le Magistère, nous rendons les pauvres encore plus pauvres."

 

 

Publié dans Pérou 2008

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Clovis Simard 19/08/2012 00:13

Blog(fermaton.over-blog.com),No-20. - THÉORÈME du DON. - Une société de serviteur ?