Premières impressions...

Publié le par LM Soubrier

Première fois que j’ai la possibilité d’utiliser internet depuis mon arrivée à Andahuaylillas ! J’en profite. Ça fait presque deux semaines que je suis arrivé à la Ciudad de los Muchachos d’Andahuaylillas. Ma première impression : Grandiose ! un cadre fabuleux ; des montagnes imposantes. Les nuages qui couvrent par moment le sommet des montagnes. A 3300 mètres d’altitude, on vit à proprement parlé dans les nuages. Une propriété gigantesque, des batiments neufs et énormes qui contrastent avec les petites maisonnées péruviennes faites en briques de terres séchées. Des terrains de foot très bien entretenus, une piscine intérieure, un luxe impressionnant dans les chambres – au moins celle des hôtes…


Des murs de 4 mètres de haut pour barricader la propriété. Deux gardiens armés – jour et nuit – pour veiller à la sécurité des enfants. Des prêtres quasiment tous européens, en soutanes ; des enfants de 4 à 17 ans en uniforme, impeccables et propres. Là aussi, contraste avec les enfants que l’on aperçoit dans les rues de Cusco ou même d’Andahuaylillas. Une cinquantaine d’employés pour entretenir la propriété. Quand on en croise un, on a le droit à une révérence, courbette ou autre salutation un peu exagérée. Eux aussi ont un uniforme, un genre de bleu de travail. Ils s’occupent des vaches ; ils les traient pour nourrir les « habitants » de la Ciudad de los Muchachos en lait, fromages ou yaourts ; Ils travaillent dans les champs de mais ou d’artichauts. Ils font la cuisine. Ils lavent le linge. Ils font le ménage dans les bâtiments des prêtres et des frères. Ils s’occupent de maintenir un gazon impeccable. Certains travaillent à la menuiserie. Tout ce qui est boiserie, fenêtres, lit, bancs, tables, chaises – et j’en passe – vient de là. D’autres font le pain. Un autre est coiffeur. Il y a même un dentiste (à cause de l’altitude, les enfants ont beaucoup de problèmes de dentitions). Bref, la Ciudad de los Muchachos vit en autogestion.


À première vue, tout est parfait. On voit que c’est une « affaire qui marche ». Je ne m’attendais pas à cela. A priori, on pourrait croire que la Ciudad de los Muchachos est complètement « déconnecté » de la misère environnante. Mais il suffit de sortir de la Ciudad avec un des pères pour se rendre compte du lien évident entre la population locale et le Mouvement. Les Serviteurs des Pauvres existent parce que des pauvres existent. C’est parce que ces pauvres ont besoin d’eux qu’ils sont présents dans la Cordillère. On fait appel à eux pour prendre en charge un enfant ou plusieurs. Le Mouvement les scolarise, leur donne une instruction religieuse et les éduque. Tous les enfants que nous voyons en uniforme impeccable à la Ciudad sont donc des enfants – souvent sans parents – qui ont vécu dans des maisons précaires, parfois sans toit, toujours en pleine montagne, sans jamais se laver, sans jamais changer de vêtements, connaissants des situations familiales difficiles. Ce matin, je coupais par exemple les cheveux à Jesus, un des enfants.

Juste après, un des frères m’apprend qu’avant d’être accueilli par le Mouvement, Jesus avait vu sa maman se faire égorger. D’autres ont été esclaves pendant plusieurs années avant de pouvoir étudier chez les Serviteurs des Pauvres. Le critère pour accueillir des enfants à la Ciudad : une pauvreté extrême.



Ces enfants, après avoir connu une vie extrêmement rude et difficile, reçoivent une formation complète avec le Mouvement. Ils sont gâtés. Le but des Serviteurs des Pauvres : en faire des saints, pères de familles, prêtre ou religieux. Depuis un mois, il existe un petit séminaire. En soutane/surplis pendant les offices, ces jeunes de 11 à 15 ans se préparent dès maintenant à choisir la vie sacerdotale, notamment pour – à leur tour – devenir Serviteurs des Pauvres au sein du Mouvement. Pour eux comme pour les autres, le Mouvement leur offre une formation intellectuelle avec une école dont la qualité est reconnue au niveau national ; il leur offre aussi – mis à part pour les séminaristes – une formation professionnelle avec des ateliers de céramique, de boulangerie, de menuiserie, de lutherie et d’agriculture. Il leur offre une formation humaine à travers l’apprentissage de la vie en communauté, de la camaraderie, à travers des activités sportives, à travers une rigueur de vie peu commune, à travers le lavage du linge, le ménage... Il leur offre par-dessus tout une formation spirituelle avec la messe quotidienne, l’adoration quotidienne, le chapelet quotidien, les offices de Laudes, de Vêpres et de Complies. La discipline est un des maitres-mot de la maison. Le lever dans les dortoirs à 5h du matin en est la preuve.

La règle du Mouvement est « l’imitation de Jésus-Christ » et la manière d’éduquer est celle enseignée par Don Bosco. S’il fallait que je m’imagine les collèges religieux salésiens au début du XIXème siècle, je penserais à la Ciudad de los Muchachos fondée par Don Giovanni Salerno. C’est exactement cela. « On se croirait » etre en France en 1900. Les photos en noirs et blancs d’écoliers de cette époque-là, on pourrait prendre les même au Pérou aujourd’hui, et en couleurs !



La tenue des enfants péruviens pendant les offices liturgiques est remarquable. Leur attention impressionnante. Les mains jointes, le buste droit, la tête haute, chantant en grégorien des cantiques qu’ils connaissent par cœur, même les plus jeunes de 5 ans. Ils « boivent » tout ce qu’on leur dit. D’où l’importance pour les éducateurs de ne pas parler pour ne rien dire, de ne pas reprendre les enfants sans motifs, de bien penser les consignes avant de les donner, de bien réfléchir à la manière d’éduquer avant de l’inculquer. On sent que les prêtres et les frères sont conscients de cette responsabilité qui leur incombe face à une jeunesse désœuvrée, désemparée, sans culture et sans éducation.


Pour aider les prêtres et les frères dans leur apostolat auprès des plus pauvres, il existe au sein du Mouvement une branche pour des familles missionnaires. Des familles américaines ou européennes qui ont tout quitté – travail, famille, amis, patrie – pour se mettre au service des pauvres. Ils sont chargés de l’éducation scolaire des enfants. Ils sont directeurs ou professeurs dans les écoles du Mouvement. Les pères de familles dans l’école des garçons et les mères de famille dans l’école des filles.

Pour soutenir spirituellement l’école des filles à Cusco – à 50kms de la Ciudad de los Muchachos -, une branche du Mouvement a été fondé par Don Giovanni il y a quelques années : C’est une communauté de religieuses, communauté florissante puisqu’elles sont déjà 70, d’origine pour la majorité péruvienne. Elles pensent déjà essaimer. Elles recueillent notamment des personnes handicapées qui ont été rejetées par leurs familles.

Un peu plus loin encore vivent des religieux contemplatifs. Ils sont trois. Un français, un suisse (ancien garde pontifical) et un portugais. Cette communauté contemplative, même restreinte – pour le moment –, est le « cœur » du Mouvement. C’est de la prière de ces contemplatifs que les prêtres, frères, religieuses et familles du Mouvement puisent leur force pour agir auprès des plus pauvres.



Sans la mission ad gentes, le Mouvement n’aurait pas de raison d’être. L’éducation inculquée et la formation donnée aux jeunes garçons et jeunes filles de la Cordillère serait vaine. Chaque semaine, des membres du Mouvement partent en Mission dans des villages reculés de la Cordillère pour annoncer le Christ. L’apport spirituel, la catéchèse et la célébration de la messe en particulier, est à la base de toute mission. Mais le Mouvement offre également un apport matériel en tous genres, suivant les besoins de chacun.



Je ne suis pas encore allé en mission. Je n’ai pas encore visité le monastère des contemplatifs. Je ne suis pas encore allé à Cusco voir ce que font les sœurs contemplatives. J’ai donc encore beaucoup de choses à apprendre sur le Mouvement. Pour le Triduum Pascal, j’accompagnes des pretres et des frères en mission. Ils se divisent en trois équipes. J’aurai l’opportunité de suivre chacune de ces équipes. Ma mission à moi : filmer et prendre des photos.

 PS : pour voir l'album photos, cliquez ici !

Publié dans Pérou 2008

Commenter cet article

Morel 24/04/2008 19:05

Quel dommage Louis-Marie que tu ne nous aies pas communiqué l'adresse de ton blog plus tôt! Photos superbes, riches de sens et d'implicite. Je m'empresserai de les montrer à Alexis dès son retour. Merci! Tes photos me donnent envie de porter tous ces enfants dans ma prière!