Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /Avr /2008 22:29
Par LM Soubrier - Publié dans : Réalisations vidéos
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Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /Avr /2008 07:16
Première fois que j’ai la possibilité d’utiliser internet depuis mon arrivée à Andahuaylillas ! J’en profite. Ça fait presque deux semaines que je suis arrivé à la Ciudad de los Muchachos d’Andahuaylillas. Ma première impression : Grandiose ! un cadre fabuleux ; des montagnes imposantes. Les nuages qui couvrent par moment le sommet des montagnes. A 3300 mètres d’altitude, on vit à proprement parlé dans les nuages. Une propriété gigantesque, des batiments neufs et énormes qui contrastent avec les petites maisonnées péruviennes faites en briques de terres séchées. Des terrains de foot très bien entretenus, une piscine intérieure, un luxe impressionnant dans les chambres – au moins celle des hôtes…


Des murs de 4 mètres de haut pour barricader la propriété. Deux gardiens armés – jour et nuit – pour veiller à la sécurité des enfants. Des prêtres quasiment tous européens, en soutanes ; des enfants de 4 à 17 ans en uniforme, impeccables et propres. Là aussi, contraste avec les enfants que l’on aperçoit dans les rues de Cusco ou même d’Andahuaylillas. Une cinquantaine d’employés pour entretenir la propriété. Quand on en croise un, on a le droit à une révérence, courbette ou autre salutation un peu exagérée. Eux aussi ont un uniforme, un genre de bleu de travail. Ils s’occupent des vaches ; ils les traient pour nourrir les « habitants » de la Ciudad de los Muchachos en lait, fromages ou yaourts ; Ils travaillent dans les champs de mais ou d’artichauts. Ils font la cuisine. Ils lavent le linge. Ils font le ménage dans les bâtiments des prêtres et des frères. Ils s’occupent de maintenir un gazon impeccable. Certains travaillent à la menuiserie. Tout ce qui est boiserie, fenêtres, lit, bancs, tables, chaises – et j’en passe – vient de là. D’autres font le pain. Un autre est coiffeur. Il y a même un dentiste (à cause de l’altitude, les enfants ont beaucoup de problèmes de dentitions). Bref, la Ciudad de los Muchachos vit en autogestion.


À première vue, tout est parfait. On voit que c’est une « affaire qui marche ». Je ne m’attendais pas à cela. A priori, on pourrait croire que la Ciudad de los Muchachos est complètement « déconnecté » de la misère environnante. Mais il suffit de sortir de la Ciudad avec un des pères pour se rendre compte du lien évident entre la population locale et le Mouvement. Les Serviteurs des Pauvres existent parce que des pauvres existent. C’est parce que ces pauvres ont besoin d’eux qu’ils sont présents dans la Cordillère. On fait appel à eux pour prendre en charge un enfant ou plusieurs. Le Mouvement les scolarise, leur donne une instruction religieuse et les éduque. Tous les enfants que nous voyons en uniforme impeccable à la Ciudad sont donc des enfants – souvent sans parents – qui ont vécu dans des maisons précaires, parfois sans toit, toujours en pleine montagne, sans jamais se laver, sans jamais changer de vêtements, connaissants des situations familiales difficiles. Ce matin, je coupais par exemple les cheveux à Jesus, un des enfants.

Juste après, un des frères m’apprend qu’avant d’être accueilli par le Mouvement, Jesus avait vu sa maman se faire égorger. D’autres ont été esclaves pendant plusieurs années avant de pouvoir étudier chez les Serviteurs des Pauvres. Le critère pour accueillir des enfants à la Ciudad : une pauvreté extrême.



Ces enfants, après avoir connu une vie extrêmement rude et difficile, reçoivent une formation complète avec le Mouvement. Ils sont gâtés. Le but des Serviteurs des Pauvres : en faire des saints, pères de familles, prêtre ou religieux. Depuis un mois, il existe un petit séminaire. En soutane/surplis pendant les offices, ces jeunes de 11 à 15 ans se préparent dès maintenant à choisir la vie sacerdotale, notamment pour – à leur tour – devenir Serviteurs des Pauvres au sein du Mouvement. Pour eux comme pour les autres, le Mouvement leur offre une formation intellectuelle avec une école dont la qualité est reconnue au niveau national ; il leur offre aussi – mis à part pour les séminaristes – une formation professionnelle avec des ateliers de céramique, de boulangerie, de menuiserie, de lutherie et d’agriculture. Il leur offre une formation humaine à travers l’apprentissage de la vie en communauté, de la camaraderie, à travers des activités sportives, à travers une rigueur de vie peu commune, à travers le lavage du linge, le ménage... Il leur offre par-dessus tout une formation spirituelle avec la messe quotidienne, l’adoration quotidienne, le chapelet quotidien, les offices de Laudes, de Vêpres et de Complies. La discipline est un des maitres-mot de la maison. Le lever dans les dortoirs à 5h du matin en est la preuve.

La règle du Mouvement est « l’imitation de Jésus-Christ » et la manière d’éduquer est celle enseignée par Don Bosco. S’il fallait que je m’imagine les collèges religieux salésiens au début du XIXème siècle, je penserais à la Ciudad de los Muchachos fondée par Don Giovanni Salerno. C’est exactement cela. « On se croirait » etre en France en 1900. Les photos en noirs et blancs d’écoliers de cette époque-là, on pourrait prendre les même au Pérou aujourd’hui, et en couleurs !



La tenue des enfants péruviens pendant les offices liturgiques est remarquable. Leur attention impressionnante. Les mains jointes, le buste droit, la tête haute, chantant en grégorien des cantiques qu’ils connaissent par cœur, même les plus jeunes de 5 ans. Ils « boivent » tout ce qu’on leur dit. D’où l’importance pour les éducateurs de ne pas parler pour ne rien dire, de ne pas reprendre les enfants sans motifs, de bien penser les consignes avant de les donner, de bien réfléchir à la manière d’éduquer avant de l’inculquer. On sent que les prêtres et les frères sont conscients de cette responsabilité qui leur incombe face à une jeunesse désœuvrée, désemparée, sans culture et sans éducation.


Pour aider les prêtres et les frères dans leur apostolat auprès des plus pauvres, il existe au sein du Mouvement une branche pour des familles missionnaires. Des familles américaines ou européennes qui ont tout quitté – travail, famille, amis, patrie – pour se mettre au service des pauvres. Ils sont chargés de l’éducation scolaire des enfants. Ils sont directeurs ou professeurs dans les écoles du Mouvement. Les pères de familles dans l’école des garçons et les mères de famille dans l’école des filles.

Pour soutenir spirituellement l’école des filles à Cusco – à 50kms de la Ciudad de los Muchachos -, une branche du Mouvement a été fondé par Don Giovanni il y a quelques années : C’est une communauté de religieuses, communauté florissante puisqu’elles sont déjà 70, d’origine pour la majorité péruvienne. Elles pensent déjà essaimer. Elles recueillent notamment des personnes handicapées qui ont été rejetées par leurs familles.

Un peu plus loin encore vivent des religieux contemplatifs. Ils sont trois. Un français, un suisse (ancien garde pontifical) et un portugais. Cette communauté contemplative, même restreinte – pour le moment –, est le « cœur » du Mouvement. C’est de la prière de ces contemplatifs que les prêtres, frères, religieuses et familles du Mouvement puisent leur force pour agir auprès des plus pauvres.



Sans la mission ad gentes, le Mouvement n’aurait pas de raison d’être. L’éducation inculquée et la formation donnée aux jeunes garçons et jeunes filles de la Cordillère serait vaine. Chaque semaine, des membres du Mouvement partent en Mission dans des villages reculés de la Cordillère pour annoncer le Christ. L’apport spirituel, la catéchèse et la célébration de la messe en particulier, est à la base de toute mission. Mais le Mouvement offre également un apport matériel en tous genres, suivant les besoins de chacun.



Je ne suis pas encore allé en mission. Je n’ai pas encore visité le monastère des contemplatifs. Je ne suis pas encore allé à Cusco voir ce que font les sœurs contemplatives. J’ai donc encore beaucoup de choses à apprendre sur le Mouvement. Pour le Triduum Pascal, j’accompagnes des pretres et des frères en mission. Ils se divisent en trois équipes. J’aurai l’opportunité de suivre chacune de ces équipes. Ma mission à moi : filmer et prendre des photos.

 PS : pour voir l'album photos, cliquez ici !

Par LM Soubrier - Publié dans : Pérou 2008
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /Avr /2008 07:53

Il est cinq heures du matin. Il fait encore nuit. Il fait froid. Nous sommes à 3500mètres d’altitude dans un village perdu de la haute Cordillère des Andes. J’assiste à la procession du dimanche des rameaux.

Pour ouvrir la marche, un porte-croix et un thuriféraire. Suivent six hommes qui portent un crucifix de presque 3 mètres de long : un Christ « à l’espagnole », chevelu, barbu, ensanguinolant, portant un vêtement cousu de fil dorée et sur les épaules un châle aux couleurs vives, de ceux que les mamans péruviennes ont l’habitude d’utiliser pour porter leurs jeunes enfants dans le dos. Puis, un missionnaire européen qui préside la procession, accompagné d’un séminariste “local” en soutane/surplis. Les suivent les habitants de Lucre, un village éloigné de tout. Sa population est pauvre. Elle vit – ou plutôt survit – du travail de la terre et de l’élevage de moutons.

De ce cortège qui compte une bonne partie de la population du village, se dégage une odeur particulière, mélange d’une odeur de pieds pas lavés et de l’odeur de l’encens qui brûle. Le thuriféraire est fier de son engin qui semble dater de l’âge de Mathusalem. Pas de charbons en sachet pour l’allumer mais des brindilles de bois ramassées dans les alentours. L’encensoir fume –et enfume ! – bien. Plus d’un enfant de choeur envierait de manier un encensoir pareil.

A côté de celui qui porte la croix, trois jeunes enfants… Ils sont sales. L’un est en sandale. Il a les pieds noirs de boues séchées. L’autre a un pantalon trop grand pour lui: avec ses mains, il le retient pour éviter qu’il tombe. L’autre porte un pull qu’il n’a visiblement pas lavé depuis longtemps. En l’observant de prés, on y remarque des traces de lait écaillé ou autre reste de nourriture avalée ces derniers mois. Les trois ont les cheveux crasseux: ils n’ont pas pris de douche depuis longtemps; qui sait ? peut-être n’en ont-ils jamais pris ? d’ailleurs, qu’est-ce que c’est qu’une « douche » pour eux?! Terme sûrement inconnu au bataillon péruvien… En tout cas, ils sont négligés, presque répugnants… Ce qui n’empêche qu’ils respirent la « propreté intérieure », la pureté et la naïveté.

Des chiens suivent le cortège. On dirait presque qu’ils sont là pour prier eux aussi. Ils donnent l’impression d’être intégrés à l’effectif de la population de Lucre. Ils font partie à part entière de la procession. Ils suivent au même rythme que les fidèles. Mélange des genres peu habituel pour un cortège religieux.

Pour accompagner la procession, une fanfare. Fanfare locale composée d’un tambour, de trompettes et de cors. Le morceau joué est lancinant, répétitif. Il serait certainement plus adapté à un Chemin de Croix ou à une procession d’un Vendredi Saint plutôt qu’à ce qui est censé rappeler l’arrivée triomphale du Christ à Jérusalem. Il exprime bien pourtant le sentiment de ceux qui s’apprêtent à partager avec le Christ la souffrance endurée pendant la Semaine Sainte à Jérusalem. 

Certains tiennent en main des rameaux, des vrais.  Les branches mesurent quasiment 3 mètres. D’autres portent des cierges qui a priori ont été confectionnés pour l’occasion. Ils mesurent environ un mètre. Ils doivent peser lourd. Ils ont été finement scultés et colorés. Travail délicat qui force l’admiration. La grandeur, la noblesse et la perfection de ces rameaux et de ces cierges contrastent avec cette impression d’humilité, de petitesse et de modestie que dégagent les fidèles.

Il fait toujours nuit. De loin, la scène paraît grandiose : Les cierges qui éclairent les rameaux, la fumée de l’encens qui enfument le décor illuminé, la nuit noire qui donne de l’importance à cette masse de gens éclairée par les cierges et agroupée autour d’un Christ crucifié, le bruit du torrent qui longe le chemin à parcourir, les maisons précaires que l’on finit par distinguer à mesure que l’on avance, ou bien les contours au loin des montagnes imposantes de la Cordillère, le missionnaire « gringo », grand et costaud, en chasuble au milieu de cette multitude de gens frêles et de petites tailles.

Les uns sont habillés en costume traditionnel, les autres portent des vêtements occidentaux, reste de donations de quelque ONG bienveillante. On repère ici ou là des marques adidas ou nike qui jurent avec le paysage ambiant et les vêtements de grosses laines tricotés à la main. Les femmes, courbées, portent leurs enfants à moitié endormis sur leur dos dans un châle traditionnel de toutes les couleurs.

Les hommes portent le crucifix gigantesque, les cierges ou les tiges de rameaux. Les enfants malpropres et mal habillés tentent de se faufiler entre les adultes bien ordonnés et surtout serrés les uns aux autres pour se tenir chaud.

En traversant le village, la fanfare réveille ceux qui – par oubli plus que par ignorance – ne se seraient pas joints à la procession en ce jour des rameaux. En quelques secondes, ils sortent de leurs demeures, demeures qui ressemblent davantage à des établis pour animaux qu’à des maisons à proprement parlé. Ils ne « perdent » de temps ni à se laver, ni même à se changer. Le pyjama là-bas est un concept qui n’a pas de sens. De jour comme de nuit, un vêtement seul suffit. Sur le pas de leur triste et délabrée maisonnée en torchis, ils laissent d’abord passer la procession puis s’y joignent. En l’espace d’une heure, la procession a doublé d’ampleur.

Derrière les fidèles, une voiture suit le cortège. C’est un taxi. Son chauffeur ne s’est sûrement pas levé ce matin dans l’intention de participer à une procession religieuse. Mais malgré lui, il y est obligé. Il devait certainement vouloir travailler. La procession l’en empêche. Rien ne peut perturber la méditation des fidèles, pas même un chauffeur de taxi. Lui-même n’essaie pas de forcer le passage. Il respecte. Dans ces villages montagneux, pas moyen de prendre un raccourci ou de faire demi-tour pour prendre un autre chemin. La route, si on peut appeler ça une route, est unique. Pas d’autre alternative que de patienter. Qu’il le veuille ou non, le chauffeur de taxi suit donc lui aussi à sa façon la procession. À 2 Kms à l’heure… Dans la Cordillère aussi, on connaît les embouteillages !

Il est prévu que la procession s’achève à l’endroit où sera célébrée la messe. On passe devant l’Eglise du village. Curieusement, on ne s’y arrête pas. Je ne comprends pas. Je regarde de plus près. Le jour commence à se lever. L’Eglise est fermée. Elle date du XVIème siècle, époque de l’arrivée des Conquistadores espagnols. Des poutres de bois soutiennent les murs faits de briques de terre séchée. Le toit ne remplit plus sa fonction initiale d’étanchéité. Les portes sont barricadées, non pas parce que le culte y est interdit mais bien parce que l’Eglise risque de s’effondrer. La messe des rameaux est donc célébrée un peu plus loin dans la « salle communale », salle pas assez grande pour accueillir tout le monde. Les gens s’y entassent. Les enfants sont sur les genoux des parents. Certains sont debout. Beaucoup restent à l’extérieur.
La messe commence. Une ferveur peu banale se dégage à l’intérieur de la pièce. On ne sait pas si tous les fidèles comprennent l’espagnol, langue dans laquelle est célébrée la messe. On sait par contre que tous les fidèles comprennent « ce qui se passe ». Au moment de l’élévation, un des quelques anciens présents – on compte sur les doigts d’une main les fidèles aux cheveux blancs – essuie une larme qui coule sur sa joue. Il pleure. Pourquoi ? impossible de le savoir exactement. Peine familiale ou personnelle ? ou bien souffrance de percevoir le Mystère d’un Dieu qui le sauve de ses péchés en mourant sur une croix ? On est touché par ce visage souffrant… D’ailleurs, on se pose la question à ce moment-là : le Christ est-il présent uniquement dans l’Hostie que le prêtre élève? on ne peut pas s’empêcher de voir aussi le Christ dans le visage de ce vieil homme peiné, comme d’ailleurs dans tous ces visages qui tournent leur regard vers le Pain consacré.Visages de pauvres, à la fois sales et répugnants mais plein d’un attrait et d’une profondeur hors du commun.

Pendant le Notre Père, je regarde les mains de mon voisin, un homme ayant à peu près la cinquantaine. Ses mains sont noires, ses ongles aussi. Depuis combien de temps ses ongles n’ont-ils pas été coupés et ses mains lavés? Depuis très longtemps, c’est sûr… Ses mains sont dégoûtantes. Ce ne sont pas des mains sales et pleines de terre de quelqu’un qui vient de travailler dans les champs. Ce n’est pas non plus les mains pleines de suies du charbonnier ni les mains pleines de cambouis du garagiste… Ce sont des mains sales qui attestent du manque d’hygiène, du manque de soin, du manque d’humanité. Pas le temps de réfléchir plus. Est arrivé le moment « d’échanger » la paix du Christ. C’est chose faite. Poignée de main donnée à ce pauvre. À ce moment-là, on est partagé entre la sensation de dégoût généré par le contact physique avec la saleté et le sentiment de la joie profonde d’une paix partagé avec un homme pauvre, qui n’a rien matériellement, au point de perdre sa dignité d’homme, mais qui – dans son regard – donne l’impression d’avoir tout. Voilà ce que l’on découvre auprès de ces pauvres. Ils ne quémandent rien. Ils se contentent de ce qu’ils ont. Ils n’ont rien matériellement, mais ils ont beaucoup spirituellement. Cela a l’air de leur suffire. C’est du moins l’impression qu’ils donnent.

Au moment de la quête, on est étonné de voir que chacun met une pièce dans le panier. Rappel évangélique de la veuve qui donne tout ce qu’elle a.

Très peu de fidèles communient. Peut-être ont-ils une grande conscience  de leur péché et se sentent honteux et sales intérieurement à l’idée de communier au Corps du Christ ? Le prêtre, pendant l’homélie, leur a prêché la fidélité. À ces gens-là, on ne leur parle pas de théologie ou de spiritualité de manière abstraite. On leur parle de choses concrètes. On leur parle de fidélité au conjoint, de pardons mutuels indispensables à échanger pour vivre en communauté, de la nécessité de recevoir le Sacrement de la confession. Tout respire la simplicité. Rien n’a l’air compliqué. La Foi de ces montagnards est simple. On pourrait parler d’une « Foi de charbonnier », dans le sens où c’est une Foi épurée de toutes complications ou de tout intellectualisme. Dieu, ils en ont soif. Leurs regards attentifs tournés vers celui qui prêche en est la preuve. Ils écoutent avec une attention remarquable. Même si certains ne parlent que le quechua, la langue locale, on a l’impression que tous comprennent le sens des paroles prononcées par le prêtre, que ce soit pendant la lecture de l’Evangile, l’homélie ou bien pendant l’offertoire.

A la sortie de la messe, j’apercois un des instrumentistes de la fanfare complètement ivrogne. La procession terminée, il a du Et s’adressant à ceux qui l’entourent, il dit: « Han entendido: Mucha bebida, poca fe (Vous avez entendu : beaucoup de boisson, peu de Foi…)». Et il le répétait à haute voix, avant d’aller s’avachir sur un muret ivre mort. Paradoxe de la pauvreté humaine et de la richesse spirituelle de ce peuple de la Cordillère des Andes.

La messe est donc terminée. Il est 7h30. La journée ne fait que commencer pour les lucréciens. Ils peuvent maintenant aller travailler aux champs ou bien aller faire paître leurs troupeaux pour le restant de cette journée dominicale.

Par LM Soubrier - Publié dans : Pérou 2008
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /Avr /2008 07:45

Histoire que m'a raconte Josetitto, un des jeunes de la Ciudad de los Muchachos.... l'esclavage existe encore...

Je m'appelle Josetitto. J’ai 15 ans. Je suis depuis 3 ans interne à la Ciudad de los Muchachos. Quand j’avais 10 ans, une de mes tantes qui habitait Tambubamba est venu chez moi. Je vivais avec ma mère et mes 5 frères et sœurs – mon père étant décédé quelques années auparavant. Cette tante proposa à ma mère de m’emmener à Tambubamba pour me donner du travail. Ma mère, sans bien savoir ce qui allait m’attendre, accepta et me laissa partir. Une fois arrivé à Tambubamba, ma tante me fit travailler dans un hotel-restaurant.

Je commençais à travailler à 3h du matin et terminais le soir à 10h. J’étais chargé de laver les plats et les assiettes. J’étais responsable de la propreté du restaurant. Je devais aussi nettoyer toutes les chambres de l’hôtel. J’étais le seul « employé » pour faire le nettoyage de cet Hôtel-Restaurant. J’étais chargé aussi de nettoyer le poulailler de la patronne, et entre autres de ramasser les excréments des poules. En plus, je devais faire chaque jour trois kilomètres à pied pour aller acheter une bouteille de gaz pour la cuisine du restaurant. Une bouteille de gaz pesait 20 kilos… Je ne sais pas comment j’ai pu réussir à porter un poids de vingt kilos chaque jour pendant un an, sur une telle distance, à l’age de 10 ans.

Chaque dimanche, ma patronne me faisait même travailler pour les autres hôtels environnants. Je devais nettoyer les toilettes de tous ces hôtels-là. Au bout de quelques semaines, je n’en pouvais plus. Je n’arrivais pas à tenir ce rythme de travail effréné. Mais je n’avais pas le choix. Et puis, à 10 ans, je ne me rendais pas compte que l’on se « servait » de moi. Ma patronne exigeait. J’obéissais sans poser de questions. Ça me paraissait normal. En fait, ma patronne profitait de la naïveté et de la faiblesse d’un enfant.

Le moment que je redoutais par-dessus tout, c’est quand il m’arrivait de casser une assiette. La patronne m’insultait dans ces cas-là et me faisait travailler toute la nuit suivante. J’ai travaillé là-bas pendant toute une année. Cette année-là, je n’ai pas pu aller à l’école. J’avais pourtant demandé à ma patronne de pouvoir y aller quelques heures par jour. Mais elle avait refusé.

Ma tante ne savait pas exactement quelles étaient mes conditions de travail… Ou plutôt ne voulais pas le savoir.  Je la voyais uniquement le dimanche et ne lui disais rien de ce que je faisais la semaine. Cette situation l’arrangeait bien. C’est elle qui recevait mon « salaire » chaque mois. Je n’ai jamais rien reçu en un an de travail.

Je suis tombé malade plusieurs fois à Quillabamba. Mais à chaque fois, ma patronne m’interdisait de prendre quelques instants de repos : je devais travailler. Combien de fois ai-je eu des maux de têtes, des mal de ventres… Je n’avais aucun médicaments pour me soigner. Une fois, une plaie que j’avais sur la jambe s’était infectée. J’avais beaucoup de pue. Je l’avais dit à ma patronne qui ne voulait pas en entendre parler et voulait me voir travailler. J’avais dû utiliser du détergent pour les toilettes pour soigner l’infection.

Plusieurs fois, j’avais pensé fuir de Tambubamba pour retourner auprès de ma famille. Mais comment pouvais-je faire ? Je ne savais même pas dans quelle direction était le village de ma famille. Ma tante m’avait emmené à Tambubamba un soir, la nuit tombée. Impossible donc de retrouver le chemin par lequel nous étions arrivé. Je commençais à désespérer de revoir un jour ma famille.

Heureusement, au bout d’un certain temps, ma mère et mes frères apprirent – je ne sais pas comment – que les conditions dans lesquelles je travaillais étaient loin d’être les meilleures. Ils obligèrent donc ma tante à me faire revenir à Tumbubamba, ce qui bien sur ne l’arrangeait pas dans la mesure où mon travail effectué lui garantissait un salaire mensuel. Mais elle était obligée de me ramener. Mes frères aînés le lui avaient ordonné. C’est de retour chez moi que j’ai fait la découverte du Mouvement des Serviteurs des Pauvres du Tiers-Monde. grâce au Mouvement, je peux aujourd’hui étudier et vivre une adolescence « normale ».

Par LM Soubrier - Publié dans : Pérou 2008
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